Présentation de l’OMM

Présentation de l’OMM

Mise en place de l’Observatoire Maghrébin des Migrations


Déclaration du 27 mars 2015 – Le bassin méditerranéen a toujours été l’une des principales régions de migrations à l’échelle internationale. Tout au long de son histoire, un chassé-croisé s’est effectué entre les pays du sud de la Méditerranée et les pays de l’Union Européenne. Les mouvements des migrants en Méditerranée résultaient de plusieurs facteurs volontaires et involontaires. Depuis le début des années 2000, les pays du sud de la Méditerranée connaissent une mutation migratoire suite aux événements que le monde a connus récemment, notamment la crise économique en 2007, le printemps démocratique des peuples et les soulèvements populaires de 2011. Le Maghreb se trouve en situation de gérer ces flux intenses et diversifiés en matière d’accueil et de protection des migrants.

Dans ce contexte, le Forum Maghrébin des Migrants, au sein du Forum Social Maghrébin, a tenu sa 3ème édition à Monastir, en avril 2014. L’une de ses recommandations phares a été la création d’un observatoire sur les migrations au Maghreb afin de conjuguer les efforts de tous les acteurs agissant sur cette problématique et de mettre en place des mécanismes nécessaires pour la réalisation d’études, de rapports et d’actions de terrain, dans la perspective d’une citoyenneté pleine et entière pour toutes et tous.

Pour sa mise en œuvre, une étude de faisabilité a été réalisée, s’articulant autour de trois axes principaux :

  • Contexte actuel des migrations au Maghreb
  • Typologies des observatoires et réseaux existants sur la migration au Maghreb et en Europe
  • Structuration de l’observatoire

En effet, au Maghreb, les migrants étaient isolés, sans organisation propre. Les associations de défense des Droits de l’Homme et antiracistes maghrébines commençaient à prendre conscience du problème et à créer des liens avec les migrants. Ces associations sont animées par une conviction double : d’une part, la nécessité de privilégier la parole des migrants, et d’autre part, celle de s’opposer aux discours de la « nécessité » et des chiffres imposés par les tenants d’une Europe sécuritaire et fermée, et d’un Maghreb aux ordres. Bref : mettre en évidence la parole humaine et dénoncer la réalité amère des pays subsahariens qui poussent, par la force des choses, leurs nationaux à l’immigration et à l’exil.

C’est ainsi que, de générations en générations, on a vu se succéder des tentatives d’organisation par les migrants. Il n’en est pas moins évident que ces tentatives, ces associations, sont une réponse pertinente, indispensable, à la question centrale qui est posée par les politiques migratoires de l’Europe et du Maghreb : la citoyenneté pleine et entière et des droits sociaux et politiques. C’est déjà y répondre que de se réunir, se rassembler, s’organiser et prendre part au combat, comme un vrai citoyen, pour un migrant. C’est y répondre aussi, comme dans l’ensemble des organismes agissant pour les droits des migrants, que de se structurer à égalité avec et sans papiers. Si, fondamentalement, nous sommes pour l’ouverture des frontières et la citoyenneté ouverte à tous, il est élémentaire de commencer par nous-mêmes et nos propres associations.

Aujourd’hui, les deux situations, européenne et maghrébine, ont évolué parallèlement. C’est ainsi qu’en Europe, des associations « mixtes » continuent d’exister et de se battre, et en même temps, des mouvements portés par les migrants eux-mêmes, portent haut la parole et la citoyenneté agissante des migrants. Au Maghreb, on a vu naître, une multitude d’associations, qui ont appris à tisser des liens avec les associations des sociétés civiles maghrébines, à réfléchir ensemble, à dialoguer, à organiser des actions communes. Des lieux de concertation, des synergies, des campagnes communes ont été mises sur pied. Le chemin parcouru pendant les dix dernières années est énorme. Nous avons la faiblesse de croire que ces efforts ne sont pas étrangers aux frémissements de changements dans la politique maghrébine, notamment avec la campagne de régularisation des sans-papiers au Maroc, même si le chemin qui reste à parcourir est encore important. Mais quoi qu’il en soit, ce combat d’aujourd’hui est mené pour une autre politique migratoire, pour une Europe ouverte, coopérante, et non fermée, pour un Maghreb d’abord africain, et non aux ordres de l’Europe. Ce combat pour des droits sociaux, culturels et politiques, s’inscrit dans la grande tradition du mouvement démocratique, contre ce qui divise les peuples, contre la logique nationaliste d’exclusion et de séparation.

A la lumière de l’étude de faisabilité et ayant pris le temps d’analyser le contexte actuel de l’immigration au Maghreb, une décision de mise en place d’un Observatoire Maghrébin des Migrations a été prise le 6 septembre 2014 à Casablanca à l’unanimité des acteurs ayant participé à ce processus. Cet Observatoire fonctionnera en tant qu’outil de lutte pour le respect des droits des Migrants.

Suite à ce qui précède, le « Comité de Suivi du Forum Social Maghrébin » annonce, ce jour le 27 mars 2015 au Forum Social Mondial – Tunis 2015, la création d’un Observatoire sous l’intitulé « Observatoire Maghrébin des Migration – OMM »

Les objectifs ont été affinés comme suit :

  1. L’Observatoire Maghrébin des Migrations fonctionnera notamment, en tant que système d’alerte. Celui-ci exigera de ses composantes de relayer immédiatement, toute information relative à la situation des migrations dans la ville, la région ou le pays où elles se trouvent. La coordination de l’Observatoire aura ensuite à diffuser et rendre accessible l’information en question, auprès de ses autres composantes.
  2. L’Observatoire, veillera à promouvoir la formation permanente et la formation des formateurs, dans le domaine des droits des migrants et ce, afin de consolider les capacités, de soutenir et renforcer le travail fait par les partenaires associatifs qui agissent sur les migrations. Il s’agira aussi d’encourager l’interaction et l’échange de bonnes pratiques entres ses différentes composantes, et enfin à articuler et faire converger les actions relatives aux migrations.
  3. L’Observatoire Maghrébin des Migrants qui reposera essentiellement, sur les Associations, les ONG, les Syndicats et les Acteurs de l’immigration, aura à développer les plaidoyers nécessaires en matière des politiques migratoires tant au nord qu’au sud et ce, auprès des autorités européennes et maghrébines. 
  4. Celui-ci aura également comme objectif d’informer et de rendre accessible l’information des centres de recherche, d’articuler et faire converger les actions relatives aux migrations et enfin de consolider le travail fait par les partenaires associatifs.
  5. L’Observatoire, sera ouvert sur le Machrek et à l’écoute de cette région en ébullition, qui sera pleinement intégrée dans la dynamique de celui-ci au fur et à mesure que les conditions seront réunies.

Le siège de l’Observatoire sera fixé au sud de la Méditerranée, soit au Maroc soit en Tunisie.

L’Observatoire sera structuré comme suit :

  • Un Conseil Général
  • Un Comité de Coordination
  • Des antennes
  • Des sections

Le secrétariat de l’Observatoire reste assuré provisoirement par le FMAS et le FTDES.

Le comité de suivi du FSMagh, lance, dès à présent, un appel à toutes les organisations et instances concernées par les droits des migrants, pour se joindre à cette initiative maghrébine, afin de réussir sa mission dans les perspectives d’instauration d’une citoyenneté pleine et entière et ce, pour toutes celles et tous ceux qui vivent dans cet espace maghrébin.  



Le 27 mars 2015